La Chine et la Malaisie atténuent la censure ; le Vietnam la durcit

Jacqui Cheng

14 août 2009

La Chine et la Malaisie ont reculé cette semaine sur leurs projets controversés de filtrage d’Internet, alors que le Vietnam, après des manifestations de catholiques, a renforcé son propre filtrage des sites web catholiques. Les nouvelles sont globalement bonnes, mais les défenseurs de la liberté d’expression espèrent beaucoup plus.

La semaine dernière, l’Asie a quelque peu évolué en matière de censure sur Internet, la Chine et la Malaisie ayant atténué leurs projets de censure alors que le Vietnam accentue son contrôle. Bien que la plupart des nouvelles aient été bonnes, la région a encore du chemin à parcourir avant que les avocats de la liberté d’expression soient satisfaits.

Le plus en vue des trois pays est la Chine avec son logiciel de filtrage, « Barrage vert, protecteur de la Jeunesse », autrefois obligatoire. Le ministre chinois de la technologie, Li Yizhong, a affirmé cette semaine à la presse que toute la prétendue exigence avait été un grand « malentendu » et qu’il ne serait plus nécessaire que le logiciel soit installé par les fabricants d’ordinateurs ou par les utilisateurs à la maison.

Cette explication est quelque peu hardie compte tenu du fait que les fonctionnaires chinois ont pendant des mois souligné que le logiciel serait obligatoire et devrait être préinstallé ou inclus sur le disque avec chaque nouveau PC vendu en Chine - une instruction qui a été suspendue le 30 Juin, prétendument afin de laisser aux constructeurs plus de temps pour s’y conformer. Le logiciel, dans lequel des chercheurs ont découvert de nombreuses failles de sécurité, n’est toutefois pas mort et reste obligatoire dans les écoles et dans les cafés Internet. Certains vendeurs de PC le fournissent également avec leurs produits, de leur propre chef.

La Malaisie a également reculé cette semaine sur un projet controversé de filtrage des sites Web à caractère pornographique, de sorte qu’ils ne puissent plus être accessibles de l’intérieur du pays. Le ministre de la Culture et de la Communication Rais Yatim avait annoncé la semaine dernière que la Malaisie avait déjà commencé le processus de sélection de logiciels, pour mener à bien la tâche, mais la réaction des blogueurs et de divers groupes de l’Internet a été si forte que le gouvernement a été contraint de revoir son projet.

« Nous ne filtrerons pas l’Internet mais le ministre de l’Intérieur Datuk Seri Hishammuddin (Tun Hussein), Datuk Seri Nazri (Aziz - Ministre au Cabinet du Premier Ministre) et moi-même avons été chargés d’examiner des cas de sédition, de fraude et de pornographie impliquant des enfants » a-t-il dit au journal maltais The Star. « Nous allons donc fournir aux services de répression les indications nécessaires pour qu’ils interviennent. »

Le CCIA (un organisme sans but lucratif des États-Unis, représentant les entreprises technologiques qui promeuvent les réseaux ouverts) a félicité la Chine et la Malaisie pour leurs décisions de cette semaine. « Nous nous félicitons de la décision du gouvernement maltais de mettre à l’écart son projet de mise en oeuvre d’un système de filtrage de l’Internet. Une telle tentative de censure aurait bloqué la libre circulation de l’information et des idées sur l’Internet - un outil de communication qui est devenu un catalyseur de la démocratie et du développement économique », a déclaré dans un communiqué le chef du CCIA, Ed Black. « La décision chinoise de lever l’obligation d’exécuter Barrage vert pour PC balaie ce qui aurait été une entrave à la libre circulation de l’information. C’est une sage décision et une victoire pour la liberté d’expression, l’accès à l’information et pour le commerce. »

Pourtant, toutes les nouvelles ne sont pas positives. Les utilisateurs vietnamiens de l’Internet ont signalé que les sites web catholiques commencent à être bloqués par le gouvernement, à la suite d’un certain nombre de manifestations de catholiques dans le pays. Bien que le gouvernement vietnamien prétende qu’il ne filtre que l’Internet à contenu pornographique et obscène, c’est un secret éventé entre les citoyens et les observateurs de l’Internet que les filtres sont souvent utilisés pour contrôler les tchats politiquement sensibles, alors que, curieusement, la pornographie peut être facilement accessible au Vietnam. Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières, Amnesty International et d’autres organisations défendant les droits de l’homme sont également bloqués au Vietnam.

De fait, Reporters Sans Frontières recense Vietnam (avec la Birmanie, la Chine, Cuba, la Corée du Nord, l’Égypte, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Syrie, la Tunisie, le Turkménistan et l’Ouzbékistan) parmi les « ennemis d’Internet », les accusant de « [transformer] Internet en un Intranet afin d’empêcher leur population d’accéder aux informations en ligne « indésirables. »

Même si des pays comme la Chine ont fait des changements subtils tels que le recul sur le Barrage vert, il reste encore de graves contrevenants quand il s’agit d’imaginer de nouvelles façons d’étrangler le débit de la parole et des informations en ligne.

http://arstechnica.com/web/news/2009/08/asian-censorship-roundup-two-steps-forward-one-step-back.ars